Quels changements pour la culture d’entreprise d’Ubisoft ?

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Bientôt un an s’est écoulé depuis la vague de témoignages accompagnée de plaintes contre Ubisoft, pour sexisme, misogynie et agressions sexuelles.

En juin 2020, de nombreuses personnes ont commencé à dénoncer les dangereux comportements de certains membres de l’entreprise : si de nombreuses branches d’Ubisoft ont été pointées du doigt, la France a particulièrement fait parler d’elle durant cette polémique. 

Les procédures judiciaires ayant commencé au début du mois de mai, un rapport réalisé par le Télégramme indique que très peu d’actions concrètes ont été menées pour lutter contre cette culture d’entreprise jugée toxique.

Alors, quelle place pour les femmes dans cette industrie ? Quel avenir pour le groupe de jeux vidéo ?

Retour sur l’affaire Ubisoft. 

Les jeux vidéo : une industrie fermée aux femmes

Le sexisme dans l’industrie du jeu vidéo ne date pas d’hier.

Dans un milieu où les femmes représentent 14% des salarié.e.s, difficile pour elles de se faire une place. Quand bien même elles y arrivent, les agressions sexistes et sexuelles ne sont pas rares, bien au contraire. En 2014, le Gamergate enflamme la toile, dénonçant les comportements misogynes de certains hommes à l’égard des femmes, souhaitant elles aussi se faire un nom dans ce milieu. Ce mouvement sera dans la continuité des mouvements féministes que nous connaissons aujourd’hui tels que #MeToo, encourageant les femmes à témoigner et à libérer la parole.

« Je vais télécharger GTA, juste pour que je puisse frapper des femmes #GamerGate »

Si Ubisoft fait face à une violente polémique, ce n’est à l’évidence pas la première entreprise dans ce domaine à faire parler. En effet, le développeur français de jeux vidéo Quantic Dream s’est également retrouvé au tribunal en 2019. Accusé de photomontages sexistes, homophobes et racistes, Quantic Dream avait fait l’objet d’une enquête pour Le Monde, qui mettait en avant une ambiance de travail et un management toxique pour les employé.e.s.

Moquées et agressées, les minorités dans l’industrie du jeu vidéo se retrouvent souvent confrontées à des situations humiliantes et dangereuses.

Des associations ont alors été créées telles que Women in Games, association de professionnel.le.s œuvrant pour la mixité dans l’industrie du jeu vidéo en France.

De manière générale, l’industrie du jeu vidéo représente un environnement stressant pour les personnes qui y travaillent. De nombreux témoignages ont vu le jour concernant le traitement des employé.e.s (notamment des firmes Activision Blizzard et EA) lors des période de “crunch” : ces périodes interviennent à la fin de chaque étape importante du développement d’un jeu. 

“J’ai été poussé de plus en plus dans la dépression et l’anxiété lorsque je travaillais là-bas. Mon corps était exténué, j’avais l’impression que je ne pouvais plus avoir d’amis en dehors de mon travail, j’avais l’impression de devenir fou la plupart du temps et j’ai commencé à boire énormément…”

La réalité qui se cache derrière cette industrie n’est donc que peu plaisante. Ce manque de structure peut expliquer les comportements toxiques de certain.e.s employé.e.s, puisqu’iels ne sont, dans de nombreux cas, pas sanctionné.e.s. 

Ubisoft : Les langues se délient

En juin 2020, des anciennes et actuelles employées d’Ubisoft sortent du silence pour témoigner de leur quotidien dans l’entreprise. Les personnes accusées par ces témoignages se trouvent être des hauts salariés d’Ubisoft  considérés comme “intouchables”.

Le premier pointé du doigt par de graves accusations a été Tommy Francois (vice-président éditorial), bras droit et intime de Serge Hascoët, alors directeur créatif d’Ubisoft.

Les témoignages rassemblés contre Tommy François semblent tous donner le même son de cloche : l’homme semble incapable d’interagir avec des femmes sans faire d’allusions sexuelles ou provoquer un contact physique non consenti :

“Un été, une collègue est venue en robe, il a balancé à haute voix : “Ah, excusez-moi, faut que j’aille me masturber! »

« Beaucoup de femmes racontent qu’il a pris l’habitude de se glisser derrière elles et de lâcher “tu la sens, là ?”»

Une autre employée raconte que lors d’une soirée de décembre 2015, Tommy François aurait tenté de l’embrasser de force alors que d’autres collègues la tenait pour ne pas qu’elle s’échappe. En se confiant à une responsable de l’entreprise le lendemain, cette dernière minimise la situation en lui affirmant que ce n’était qu’une blague.

A priori, de nombreuses personnes avaient déjà tenté de dénoncer certains comportement sexistes aux ressources humaines, sans succès.Et pour cause : l’ancienne directrice Monde des Ressources Humaines Cécile Cornet aurait été au courant des agissements de certains hommes de l’entreprise, mais aurait décidé de passer sous silence de nombreuses agressions afin de protéger le poste des hommes en question.

Quelle sanction pour les accusé.e.s ?

Après ces nombreux témoignages, si Tommy François s’est vu licencié en juillet 2020, il n’en est pas de même pour tou.te.s les accusé.e.s.

En effet, certain.e.s membres ont gardé leurs postes, et ce malgré de nombreuses plaintes et témoignages à leur égard. C’est le cas pour Florent Castelnérac, aujourd’hui encore président de Nadeo, appartenant au groupe Ubisoft, en dépit d’une douzaine d’employé.e.s l’accusant de harcèlement. Un représentant syndical aurait affirmé que la direction le protégeait. 

Si Serge Hascoet à cédé sa place de Directeur Créatif en juillet, Cécile Cornet, quant à elle, n’a quitté l’entreprise que récemment. 

À Singapour, l’ancien directeur d’Ubisoft a démissionné de son poste en novembre dernier en raison de plaintes portées contre lui, mais travaille toujours dans l’entreprise. 

Comme vous pouvez le constater, les mesures prises par Ubisoft concernant les employé.e.s représentant un potentiel danger pour le reste des salarié.e.s n’ont pas été suffisantes.

Ce qui a concrètement été mis en place

En juillet dernier, à la suite de ces témoignages, Yves Guillemot, le PDG d’Ubisoft s’était platement excusé auprès de ses employé.e.s et dans un communiqué de presse, et avait promis les choses suivantes :

  •  De nommer une “Head of Workplace Culture” 
  • De nommer un.e Responsable Diversité et Inclusion
  • D’organiser des groupes d’écoute 
  • De lancer plusieurs enquêtes concernant les personnes accusées
Yves Guillemot

Afin de créer un environnement plus sûr et surtout plus inclusif, Ubisoft a mis en place un système de signalement anonyme, où les employé.e.s de l’entreprise pourront signaler tout acte déplacé et dangereux à la santé mentale des un.e.s et des autres. 

Pour s’assurer que ces comportements ne se reproduisent plus au sein des bureaux d’Ubisoft, l’entreprise a également mis en place une formation savoir-être, dans le but de développer les codes du savoir-vivre et d’adapter son comportement à une vie en entreprise.

Cependant, un an après les faits, et malgré des actions mises en place par l’entreprise,  les employé.e.s d’Ubisoft affirment que rien n’a changé. Certaines actions sont peut-être en cours d’application, ce qui expliquerait le peu d’actions menées. 

Une nouvelle ligne de conduite avait été mise en place par Ubisoft, mais selon un représentant du STJV (Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo), le harcèlement ne figure à ce jour toujours pas parmi les « interdictions non-négociables”.

Ainsi, une nouvelle version devrait être proposée cet été.

Pour les employé.e.s d’Ubisoft et les internautes, Ubisoft se doit de proposer plus et mieux. Cette polémique qui ne semble pas prendre fin aussitôt n’aura pourtant pas empêché Ubisoft de réaliser un record sur le chiffre d’affaires de l’année 2020-2021.

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